Une conviction fondatrice : la guidance divine ne s’interrompt jamais
Depuis toujours, l’être humain cherche une lumière pour orienter sa vie, donner du sens à ses choix et préserver la justice.
Au cœur de notre foi chiite se trouve une conviction simple et profonde : Allah, dans Sa sagesse et Sa miséricorde, n’a jamais laissé l’humanité sans guide.
Cette guidance ne s’est pas interrompue avec la disparition des prophètes. Elle s’est poursuivie à travers des hommes choisis, chargés de préserver le sens du message divin, de le protéger des déformations et d’en incarner l’éthique.
C’est à partir de ce principe fondamental que se comprend le chiisme.
Que signifie réellement être « chiite » ?
Le mot chiite ne désigne ni une dissidence, ni une rupture, ni une secte.
Il vient du mot arabe Shīʿa, qui signifie simplement : partisan.
La question essentielle est donc : partisan de qui, et pourquoi ?
Être chiite, c’est croire que la guidance voulue par Allah ne pouvait pas s’arrêter brutalement à la mort du Prophète Muḥammad ﷺ, laissant la communauté sans repère clair face aux divisions, aux ambitions humaines et aux dérives du pouvoir.
Notre attachement au Prophète ﷺ, jusqu’au bout
On entend souvent dire, de manière simplifiée :
« Les sunnites suivent le Prophète, les chiites suivent Ali. »
Cette formulation masque en réalité la profondeur de notre attachement au Prophète ﷺ.
Nous suivons sa Sunnah, ses enseignements, son exemple… et son commandement.
Car pour nous, obéir au Prophète ne s’est pas arrêté le jour de sa mort.
Nous croyons qu’il n’a pas laissé la communauté sans direction.
Notre fidélité à l’Imam Ali découle précisément de cette obéissance : nous suivons celui que le Prophète a désigné pour prolonger sa mission.
La question de la succession : une perspective chiite
La divergence entre sunnites et chiites ne porte pas sur la personne du Prophète ﷺ, mais sur ce qui a été fait de son héritage après lui.
Tout musulman, consciemment ou non, devient le partisan de figures qui ont façonné l’islam après le Prophète : Abū Bakr, ʿUmar, ʿUthmān, Ali, puis les dynasties qui ont suivi.
Ces choix ont structuré la foi, le droit, la politique et la lecture de l’histoire.
Les chiites ont fait un autre choix, fondé sur une autre compréhension :
la succession du Prophète ﷺ était avant tout une responsabilité religieuse, non un simple pouvoir politique.
Une lecture des événements de la succession
Selon notre lecture, le premier calife fut désigné en catimini, lors d’une assemblée restreinte, alors même que le Prophète ﷺ était encore sur son lit de mort.
Pendant que sa famille vivait le deuil, d’autres s’organisaient autour du pouvoir.
Ce choix fut ensuite imposé à l’ensemble des musulmans au nom de la peur de la division.
Le second calife fut désigné directement par le premier.
Le troisième fut choisi par un comité restreint, à condition de gouverner selon le Coran, la Sunnah… et la voie des deux premiers califes.
L’Imam Ali refusa cette condition.
Car aucune voie humaine ne peut être placée au même rang que celle du Prophète ﷺ.
Notre regard sur les Compagnons
Nous respectons profondément les Compagnons du Prophète ﷺ.
Mais nous refusons de les considérer tous comme infaillibles.
Le Coran lui-même évoque l’existence d’hypocrites parmi les proches du Prophète.
Reconnaître cela n’est pas une attaque, mais une exigence de vérité.
Pour nous, les personnes — quelles qu’elles soient — sont évaluées à l’aune de leur fidélité au message divin, non sanctifiées par leur seule proximité historique.
Les Imams : une guidance incarnée
Nous croyons que les Imams :
- ne sont pas des prophètes,
- sont désignés par Allah,
- sont au nombre de douze,
- sont les gardiens du sens authentique de l’islam.
Ils s’inscrivent dans une continuité de guides divins, depuis Adam ﷺ, chargés de préserver la justice, la connaissance et la droiture.
Et aujourd’hui ?
Pour nous, suivre les Imams, ce n’est pas réciter leur histoire,
c’est s’efforcer d’incarner leur éthique :
la justice face à l’oppression,
la patience face à l’injustice,
la quête du savoir,
la responsabilité morale dans un monde complexe.
L’Imam occulté et l’espérance active
Nous croyons que le dernier Imam, le Mahdi, est vivant par la volonté d’Allah.
Son occultation n’est ni une anomalie ni une étrangeté dans l’histoire divine.
Le Coran évoque des serviteurs d’Allah à la présence cachée ou à la longue vie, comme al-Khidr, ou les Compagnons de la Caverne (Aṣḥāb al-Kahf), préservés pendant des siècles.
De la même manière, l’Imam vit par l’ordre d’Allah, hors du regard public, jusqu’au moment où Il lui permettra de réapparaître.
Et aujourd’hui ?
Cette croyance n’est pas une attente passive.
C’est une espérance active.
Attendre le Mahdi, c’est refuser le désespoir.
C’est œuvrer pour la justice ici et maintenant.
C’est ne jamais normaliser l’oppression.
C’est vivre avec la certitude que l’injustice n’aura pas le dernier mot.
Une invitation, pas une injonction
On peut ne pas partager ces convictions.
Mais la question essentielle n’est pas :
« Comment pouvez-vous croire ces hérésies ? »
La vraie question est :
quelles sont vos preuves, et sommes-nous prêts à les examiner avec sincérité ?
Le chiisme, l’Islam partisant d’Ahl Al Bayt (P) et de l’Imam Ali (P), l’autre Islam, ne demande pas une adhésion aveugle.
Il invite à réfléchir, à questionner l’histoire, à relier la foi à l’éthique, et la spiritualité à la justice.
C’est ainsi que nous nous définissons.
Non pas contre les autres,
mais fidèles à une voie que nous croyons juste.